AM des Arctic Monkeys : un commentaire personnel

Publié le par Eva Pigeon

Vous êtes peut-être au courant, les Arctic Monkeys ont sorti un CD il y a environ un mois.

Je suis donc allée l'acheter le plus vite possible, car on l'aura peut-être compris, je suis plutôt encline à aimer ce groupe.

Entre les critiques plus qu'honorables sur des sites très sérieux (10/10 de NME, 8/10 chez Pitchfork, on a vu pire) et les commentaires de ceux qui trouvent que vraiment, les Arctic Monkeys, c'était mieux avant, je me suis fait mon avis.

Au prix de dizaines d'écoutes de l'album. C'est pour la science et je suis très professionnelle.

AM des Arctic Monkeys : un commentaire personnel

Une introduction à AM

"R U mine?" est le premier single qu'on a entendu d'AM, personnellement, je ne savais pas qu'il ferait partie du prochain album, et je ne sais d'ailleurs pas si ça a toujours été prévu. Mais cette chanson me semble être un bon point de départ pour parler de ce CD. Pour moi, il est vraiment comme une sorte de transition entre Suck It And See et AM, parce qu'avec ce rythme un peu discontinu et les choeurs aigus qu'on peut entendre sur le refrain, il a des accents du premier sans pouvoir s'y intégrer complètement, et du second sans forcément être absolument représentatif de son atmosphère générale. Je pense que sur l'album, "Arabella" est aussi une sorte de chanson entre-deux.

En revanche, "Do I wanna know", qui ouvre l'album, et révélée peu avant sa sortie, me semble bien symboliser ce qu'y ont fait les Arctic Monkeys. Quand on connait un peu leurs albums précédents, je pense que ce qui frappe en premier est la lenteur du tempo de cette chanson (je crois même que Matt Helders a été surpris quand Alex Turner lui a proposé d'essayer cette pulsation). Des coups assénés sur le fond, un riff de guitare lent et élastique, et de nouveaux ces choeurs qui viennent doubler la voix d'Alex. Les paroles sont toujours très caractéristiques du songwriting d'Alex et sur un fond pareil, rendent cette chanson incroyablement sexy. Même le clip reflète cette ambiance un peu poisseuse, tendue, qu'on va retrouver dans tout l'album.

Un tournant dans la discographie des Arctic Monkeys

En fait, je pense qu'une des choses les plus frappantes quand on écoute AM après les albums précédents des Arctic Monkeys, c'est que chaque instrument semble être mis sur un pied d'égalité avec les autres. La masse un peu punk qu'on avait notamment dans Whatever People Say I Am, That's What I'm Not, s'est effacée au profit d'une basse beaucoup plus détachée des guitares, d'une batterie aux rythmes plus nets et de riffs de guitare plus articulés.

Les influences qu'on ressent sont aussi différentes de ce qu'a pu faire le groupe jusqu'ici, et pour moi c'est un peu le genre d'album qui donne l'impression d'avoir mûri pendant très longtemps avant que le groupe n'arrive à vraiment lui donner forme. Alex Turner a toujours dit être un amateur de hip-hop et je pense que c'est la première fois qu'on ressent vraiment ça dans sa musique. Il me semble que l'introduction de "Knee Socks" pourrait figurer sur un album d'artistes comme Kanye West, et même le bridge, avec son instru et le débit des paroles, fait lui-même assez hip-hop. Le début de "Why'd You Only Call Me When You're High?" pourrait aussi faire office d'intro pour une chanson de rap.

Photo: Dean Chalkley/NME

Photo: Dean Chalkley/NME

Je trouve cet album vraiment très intéressant car, contrairement à ceux qui trouvent que les Arctic Monkeys ont trahi leur style dans tout ce qu'ils ont sorti après Favourite Worst Nightmare, qu'ils ont subi une affreuse influence des États-Unis, ou encore qu'on en a marre de ce style bobo-hipster-Alex-Turner-avec-une-banane, j'ai l'impression qu'il montre vraiment le meilleur de ce que peut faire le groupe, entre des sons familiers et des choses plus surprenantes.

Du piano sur "No.1 Party Anthem". "I Wanna Be Yours" qui, avec ses accords flottants, les percussions et les notes de basse, fait aussi vaguement penser à de la musique de mélange des genres que peuvent faire des artistes comme Lana Del Rey ou Lorde, par exemple. "I want it all" ou "No.1 Party Anthem" qui ont de petits accents de Miles Kane. Des chansons parfois bien plus lentes que ce à quoi ils nous avaient habitué.

Des surprises, des habitudes, des mélanges, mais tellement réussis. Je ne saurais pas dire combien de fois j'ai écouté AM dans son intégralité, mais certaines personnes ne trouveraient sûrement pas ça raisonnable. Ceux qui savent, en revanche, penseraient qu'il n'y a rien de plus normal.

Tracklisting personnel

Je finis avec un tracklisting où je vais essayer de donner mon avis sur l'effet produit par chaque chanson.

1 - Do I Wanna Know? : Je l'ai déjà un peu détaillée, mais voilà : elle donne le ton, sexy, précise, entêtante, différente.

2 - R U Mine? : Peut-être celle qui plaira le mieux aux nostalgiques. Une de celles où il est difficile de tenir en place. Dommage si vous l'écoutez à la bibliothèque.

3 - One For The Road : Un retour vers l'ambiance choeurs avec ses petits "oohooh" et une émotion bizarre, un peu désespérée.

4 - Arabella : Apparemment, beaucoup de gens sont particulièrement obsédés par cette chanson, je le dis. Personnellement, ce n'est pas celle que je préfère, mais elle reste bien motivante!

5 - I Want It All : Comme je l'ai dit, une petite tendance Miles Kane. Je trouve qu'elle aurait pu décoller un peu plus, mais j'aime bien le solo.

6 - No.1 Party Anthem : L'une de mes préférées, s'il faut qu'il y en ait. Encore ce talent de rendre aussi belles des situations aussi peu reluisantes.

7 - Mad Sounds : Une berceuse, contrairement à ce que suggère le titre, en suspension un soir dans un salon confortable où on nous joue de la guitare depuis le fond d'un fauteuil.

8 - Fireside : Une intro à la Last Shadow Puppets, le reste avec un arrière-goût un peu vintage.

9 - Why'd You Only Call Me When You're High? : Un texte qui m'a un peu fait penser à des chansons comme "Mardy Bum", étrangement entraînante malgré le tempo assez lent et la situation assez désespérée du pauvre mec au téléphone.

10 - Snap Out Of It : Un changement d'ambiance pour un morceau bien motivant à chanter devant son miroir, éventuellement accompagné d'instruments virtuels.

11 - Knee Socks : Une envie de bouger la tête de façon saccadée et de répéter "You and me could have been a team each had a half of a king and queen seat like the beginning of Mean Streets you could be my babyyyy" d'un air possédé.

12 - I Wanna Be Yours : Mention spéciale à celle-ci qui conclut magnifiquement l'album. En fait, il s'agit d'une adaptation en musique d'un poème de John Cooper Clarke, qui a influencé Alex dans son songwriting, et quand on va un peu lire ce qu'il a écrit, tout prend effectivement sens. On tombe amoureux cette chanson et on a éventuellement envie de la rejouer plusieurs fois pour éviter d'atteindre la fin de cet album assez excellent.

Une petite version agréable réalisée sur OüiFM. En voilà une belle conclusion.

Publié dans Musique, Albums