Un voyage à travers Everything You've Come To Expect des Last Shadow Puppets

Publié le par Eva Pigeon

Il est sorti il y a deux mois après des années d'attente, et j'avais envie de vous raconter sans me presser pourquoi j'ai depuis écouté de très nombreuses fois le deuxième album des Last Shadow Puppets.

Un voyage à travers Everything You've Come To Expect des Last Shadow Puppets

- Aparté (facultatif) - Je n’aime pas trop les articles censés proposer une chronique d’album, un avis sur le travail d’un artiste ou d’un groupe, mais qui s’attardent finalement plus sur leur personnalité, leurs frasques ou ce qu’il s’est passé dans leur vie depuis la sortie de leur album précédent. Oui, le contexte de l’écriture et de l’enregistrement est important, mais on se fiche de savoir que vous pensez que Miles Kane est un faire-valoir pour Alex Turner qui s’est transformé en diva gominée (on pense tous qu’Alex Turner est une diva gominée, cela ne nous empêche pas de l’aimer pour autant). De même, les mots sont importants, mais les critiques qui s’attardent surtout sur les paroles des chansons au détriment des sons et des ambiances me semblent toujours incomplètes.
Je ne voulais pas lire de critiques de Everything You’ve Come To Expect avant  d’avoir rédigé la mienne, pour qu’elle soit vraiment personnelle, mais je débute mon article par ceci car j’en ai tout de même lu une, une seule, qui détaillait donc l’évolution du look et du comportement public des Last Shadow Puppets pendant le gros de l’article, avant de citer deux ou trois phrases chantées dans l’album puis de lui donner une note (assez bonne) sans que l’on sache vraiment ce que la journaliste y avait aimé ou non. - Fin de l’aparté facultatif -

Cet aparté simplement pour dire que je vais plutôt tenter d’écrire les raisons pour lesquelles j’ai aimé cet deuxième album en vous proposant un récit de mes ressentis à travers l’album. J'espère que vous aimez les longues phrases et les adjectifs !

Un voyage à travers Everything You've Come To Expect des Last Shadow Puppets

Difficile de ne pas tomber dans le commentaire comparé avec The Age Of The Understatement, tant ce deuxième album a été attendu. J’avais déjà parlé de mes craintes d’un album finalement décevant, après toute cette attente et surtout, après avoir écouté des dizaines et des dizaines de fois, ravie, son prédécesseur.

En fin de compte, le choix de “Bad Habits” comme premier single demeure pour moi assez mystérieux, car c’est finalement le morceau qui reflète le moins l’atmosphère générale du disque. Très “Rock’n’Roll”, au sens de : groupes de mots lâchés rapidement, utilisation de phrases presque cliché, à la Elvis ou à la early-Beatles (“Should’ve known, little girl, that you’d do me wrong”), rythme rapide accompagné d’une ligne de basse urgente, “Woaaaaah” criés de temps à autres. Mais à l’écoute de l’album en entier, “Bad Habits” s’y intègre finalement assez bien et, centrale dans la tracklist, fait le lien entre les deux moitiés de l’album.

On y retrouve à part ça l’une des grandes caractéristiques de cet album des Last Shadow Puppets, comme du premier : les cordes qui contribuent à créer une ambiance cinématographique unique. Si le premier single aurait pu être la bande-son d’une course poursuite pleine de tension, le deuxième, qui a donné son nom à l’album (à moins que ce ne soit l’inverse), accompagnerait la scène surréaliste d’un Turner comme encerclé de visions, scène traduite par un clip tout à fait surréaliste en effet. 

Avec ce deuxième extrait, le duo nous a cette fois permis de plonger avant l’heure dans l’atmosphère intimiste et pourtant mystérieuse qui traverse l’album. “Everything You’ve Come To Expect” ressemble à une comptine hallucinée et feutrée, mise en musique dans un style qui m’a vaguement rappelé la chanson “Vertigo”, sur laquelle Alex avait aussi chanté.

Un voyage à travers Everything You've Come To Expect des Last Shadow Puppets

C’est avec le troisième single de l’album, “Aviation”, que débute l’album, et cette première longue plainte des cordes, comme un son qui accompagne le lever de rideaux, est un générique qui rappelle le tout début de The Age Of The Understatement. Lever de rideaux sur un écran de cinéma car comme je l’ai dit, certains morceaux de cet album font vraiment penser à une BO, et “Aviation” donne très bien le ton avec son riff empressé, sur lequel Miles chante des paroles où son influence (“Mama told me”) se mêle à celle de Turner (“heterochromia” - qui se soucie de savoir ce que ça veut dire ?). Et c’est avec un fantastique bridge, suivi d’un solo dramatique de cordes que l’on sait que cet album est, vraiment, bien parti.

On enchaîne alors en plongeant avec plaisir dans la très belle “Miracle Aligner”, où Alex est parfaitement à son aise pour chanter doucement de jolies choses romantiques dans une atmosphère intimiste ; une chanson qui nous berce autant par la cadence de la guitare sèche que par les phrases de notes rondes d’une seconde.

Les chansons reprennent constamment le thème de la séduction, parfois romantique, parfois sensuelle, plaçant alternativement les deux garçons en spectateurs, en séducteurs, et en victimes. Dans “Dracula Teeth”, après l’introduction grandiloquente, la panique saisit soudain les refrains avant de retomber dans l’ambiance envoûtante et fantastique des couplets.

Une fois cette atmosphère mystérieuse instaurée, “Everything You’ve Come To Expect” fait une accalmie, avant “The Element Of Surprise”. Ici, ce sont encore le doute et le charme qui sont exprimés, les deux voix se mêlent, sur fond d’une rythmique discrètement insistante. Finalement, c’est ici que “Bad Habits” trouve plutôt bien sa place.

Il y a bien un clip, mais en cas de première écoute, il est si improbablement ridicule qu'il pourrait la brouiller.

Changement d’atmosphère en revanche avec “Sweet Dreams, TN”. Un ton crooner affirmé, quelques formulations un peu désuètes, des couplets théâtralisés par la guitare et la batterie synchrones et saccadées… On aurait presque l’impression d’être dans un cliché, mais les cordes se fondent avec le chant, les petites virées de la voix dans les graves nous font ressentir des choses, et surtout, l’ascension finale et tourbillonnante, concentré de paroles à la Turner, est très émouvante ; on ressent nous aussi le manque du “first day of spring with a septum piercing” et le point de non-retour de cet amour “like an ache in the jaw”. On aurait presque l’impression d’être dans un cliché, mais c’est beau.

Une version live qui fait plaisir

Après cet intermède exacerbé, “Used To Be My Girl”, avec sa rythmique mécanique et ses paroles chantées dans un chuchotement, fait l’effet de la BO d’un film nocturne et fascinant. Le morceau se conclut par le cri d’une guitare dont la distorsion rappelle les solos de “Crying Lightning” sur Humbug, et se fond complètement avec “She Does The Woods” qui lui succède. Cette guitare revient, et les “rainy afternoons” de “Crying Lightning” deviennent alors “lazy”. La tension monte le long de ce morceau rythmé par des cordes saccadées et terminé abruptement, comme un réveil après un rêve angoissant.

Un voyage à travers Everything You've Come To Expect des Last Shadow Puppets

Et c’est justement le rêve qui domine la fin de l’album. Sur la très belle “Pattern”, Miles Kane chante, mélancolique, accompagné d’une guitare distordue, de quelques choeurs sur les refrains, et de cordes à l’effet délicieusement dramatique. “And never in my wildest dreams has it occurred to me to try to go to sleep”. Puis les dernières secondes mêlent ce riff principal, ces choeurs, ces cordes et un solo de guitare saturé, dans une envolée finale qui nous amène au dernier morceau de l’album.

“The Dream Synopsis” conclut en douceur un album au romantisme plus ou moins dissimulé, mais en tout cas pas ici. La dernière séquence de Everything You’ve Come To Expect calme définitivement le jeu, dans la description d’un amour secret comme Turner sait les décrire dans la BO du film Submarine. Malgré les images qui se multiplient, on a le sentiment que ce dernier morceau ‘picturesque’ est plus personnel que les autres, et qu’il dévoile plus que d’habitude un imaginaire rêveur en peignant un joli tableau qui résume bien ce qu’on aime chez les Last Shadow Puppets : l’intimité, les émotions subtiles, et finalement, une parenthèse vraiment très agréable le temps d’écouter l’album. Comme si Alex s’adressait à nous : “It was you and me and Miles Kane”.

Publié dans Musique, Albums

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