The Weather, par Pond

Publié le par Eva Pigeon

Alors que ma playlist de mai avait été touchée par la vague du fantastique rock australien qui se déverse sur nous ces derniers temps, je voulais vous parler du septième album de l'un des groupes qui la représente : The Weather de Pond, l'un de mes coups de coeurs de ces dernières semaines.

The Weather, par Pond

Les albums précédents et la créativité de Pond laissaient espérer encore une fois un beau successeur, et la production de The Weather par Kevin Parker de Tame Impala faisait encore grandir nos espoirs ("I got my hopes up again"... Sorry not sorry.). Ce n'était pas en vain, loin de là.

Si la tendance est aujourd'hui à la reconversion électro-pop dansante de nombreux artistes, au risque parfois de plonger dans l'easy-listening sympathique mais peu intéressant, Pond a su mettre à profit ses expérimentations au synthé à travers ces dix nouveaux morceaux. Le démarrage se fait précisément à coups de synthés sur l'intro de "30000 Megatons". Sérieux, le groupe propose une entrée en matière baignée dans la réverb avec un texte pessimiste sur le destin de l'humanité.

Le ton change pourtant immédiatement avec "Sweep Me Off My Feet", où les phrases de guitares, les cris et les choeurs redonnent immédiatement une envie de danser qui se prolonge avec "Paint Me Silver". Si l'utilisation des instruments et les mélodies de ces deux morceaux n'auraient pas été surprenantes sur un disque de Tame Impala, Pond propose soudainement des titres aux influences bien plus surprenantes sur The Weather.

Dès l'introduction, le quatrième morceau, "Colder Than Ice", nous plonge sans crier gare dans la pop des années 1980, où la rythmique de la batterie, le phrasé saccadé et la réverb du chant penchent du côté d'artistes comme Michael Jackson. Le morceau se termine sur un court solo de saxophone, instrument que l'on retrouvera sur le créatif et très free "Zen Automaton".

Photo : Matt Sav

Photo : Matt Sav

Ce sont des touches qui font cette fois penser à Bowie, aux Beatles-"Because", à Temples, et une multitude de subtilités qui construisent le superbe "Edge Of The World, Pt. 1". Nick Allbrook y chante une mélodie envoûtante sur un clavecin solennel, des accords égnénés sur une guitare claire et des choeurs graves avant que le morceau ne s'élève dans un hyperespace saturé. 

Tout juste après, "A/B" est une kermesse garage psyché dans la veine de King Gizzard & The Lizard Wizard, abruptement démarrée et tout aussi étrangement interrompue par un étonnant moment de piano et de beats R'n'B pour un fond sonore à la James Blake. La jungle psyché de "All I Want For Xmas (Is A Tascam 388)" (littéralement, on entend des cris d'animaux sauvages) fait la transition vers la fin de l'album.

Il se termine sur deux morceaux plus lents. Le beau mais pessimiste "The Edge Of The World, Pt. 2", ses arpèges et ses choeurs discrets, semble nostalgique d'un monde parallèle et se termine sur une envolée plus électronique et un chant distordu qui débouchent sur le dernier titre. L'étrange "The Weather" fait ainsi office de conclusion en nous laissant définitivement flotter dans une autre dimension.

J'aime vraiment beaucoup cette chanson. Et cette version. Et les sessions live-interview de KEXP.

Je ne crois pas avoir déjà cité autant de noms de tiers artistes aussi différents pour décrire un album et pourtant on ne se perd jamais dans The Weather. Dans un parfait équilibre, Pond alterne entre une gravité un peu inhabituelle et des moments de folie dansante, des instruments divers et variés et des punchlines d'un autre univers sans jamais s'égarer.

Exercice difficile que celui d'expérimenter et de rassembler des sonorités et des influences très différentes au sein d'un seul album sans lui faire perdre sa cohérence, mais lorsqu'il s'écoute si aisément d'une seule traite, c'est que l'expérience a sans aucun doute réussi ! Pour moi l'un des meilleurs albums de 2017.

Publié dans Musique, Albums

Partager cet article

Repost 0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 > >>