Live Report : Paul McCartney au Vélodrome

Publié le par Eva Pigeon

Cela faisait longtemps que je n'avais pas posté de live report ici. Je récidive donc sauf que, exception pour mon blog personnel, je ne suis cette fois pas l'auteur de l'article - qui a cependant été l'objet d'un contrôle rigoureux, je surveille ma ligne éditoriale ! Vous vous apprêtez à lire le compte-rendu d'un ami qui a attendu à peu près toute sa vie pour vivre ça, le vendredi 5 juin : Paul McCartney au stade Vélodrome de Marseille.

Communion inter-générationnelle
Live Report : Paul McCartney au Vélodrome

C'était l'événement attendu par tout le sud de la France : un concert de Paul McCartney dans la région. 50 ans après Nice avec les Beatles, 43 ans après Juan-Les-Pins avec les Wings, et 23 ans après Toulon en solo, ses trois unique visites « sous le soleil », comme il s'est plu à le répéter en français sur la scène du Vélodrome, Sir Paul était de retour dans le sud de l'Hexagone pour un nouveau concert. Et quel concert.

Aller voir McCartney, c'est l'assurance d'une expérience bluffante et parfois un peu surréaliste. A 72 ans, la légende vivante est infatigable, au point de déconcerter ses fans avant même le début du concert. Sur les coups de 18 heures, horaire prévu pour l'ouverture des portes, des milliers de fans se tassent aux abords du stade, prêts à envahir la pelouse et les gradins. Problème, à l'intérieur, McCartney est en plein soundcheck, qu'il a transformé en concert improvisé pour une poignée de chanceux. Jusqu'à 18h40, Paul écume des tubes qui n'ont pas trouvé leur place parmi la gigantesque setlist de 41 chansons qu'il s'apprête à proposer au Vélodrome en pas moins de 2h50 d'un récital inoubliable. "Good Day Sunshine", notamment, sonne comme un clin d'oeil aux fans qui attendent patiemment sous un soleil caniculaire, bercé par un son quelque peu brouillé par les imposantes façades du nouveau Vélodrome. La bière se vend comme des petits pains, et la communion inter-générationnelle bat son plein : toutes les tranches d'âge sont représentées, des plus petits aux plus âgés, témoin de l'intemporalité du mythe.

Une course digne de la scène d'ouverture de A Hard Day's Night

A 19 heures, les portes s'ouvrent enfin. Comme à la belle époque, une course digne de la scène d'ouverture de A Hard Day's Night s'engage entre les spectateurs pour être au plus près de la scène. Rapidement, le stade se remplit. 20 heures sonnent, puis 20h30, tandis que les techniciens finalisent les réglages de l'immense set de McCartney, ponctué par deux écrans géants de chaque côté de la scène et d'un écran LED en arrière-plan, utilisé sans répit durant le concert pour diffuser images ou clips d'époque. A 20h45, alors que la foule s'agace des trois quarts d'heure de retard, un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un costume trois pièces blanc à faire pâlir Joe Dassin, s'avance vers la scène. Il s'installe à une table de mix. Pendant la demi-heure qui suit, il s'évertue à mixer de manière hasardeuse les tubes des Beatles. Il est remercié par une foule notoirement hostile. Son nom n'est pas mentionné ou écrit. On ne saura jamais de qui il s'agissait, et c'est probablement mieux comme ça.

21h45. Près de deux heures après l'horaire prévu, et après un clip vidéo d'une trentaine de minutes retraçant Paul en photo et en musique de sa naissance à nos jours, le maître arrive sur scène. Immédiatement, la foule qui commençait à sévèrement s'impatienter oublie tout. Veste violette, chemise blanche, jean noir et chaussures à talonnettes Beatlesques, le plus grand auteur-compositeur-interprète des 50 dernières années déborde de charisme. La fête est lancée.

Photo : H. Pambrun

Photo : H. Pambrun

Elctectisme, élégance, hommage et OM

Paul débute avec "Eight Days a Week", qui chauffe la foule à blanc et donne le ton de la soirée. Les visages des fans massés dans la fosse, tapant dans leurs mains entre les « hold me, love me » du refrain, ne trompent pas. Le début du concert est éclectique : Beatles, Wings, carrière solo, Paul fait dans la variété. Après une version très réussie de "Save Us", issue du tout aussi réussi New, "Got To Get You Into My Life" ainsi que la méconnue "Temporary Secretary" complètent une série de morceaux rythmés et joués à la perfection. Entre les chansons, Paul se montre humble et reconnaissant envers le public, public qu'il n'hésite pas à intégrer au show. Il avait prévenu d'entrée, dans une langue de Molière aussi lente et approximative que mignonne et attachante : « Ce soir, je vais essayer de parler français un peu ». Après huit ou neufs morceaux, la foule conquise suit le septuagénaire lorsqu'il s'exclame « ça va ou quoi ? ». Un peu plus tard, il utilisera même le mot « frérot ». Timeless, on vous dit.

Ce début de concert à consonance Wings n'est pas pour déplaire aux fans les plus assidus, en atteste la performance nerveuse de "Nineteen Hundred and Eight Five", dernière démonstration de rock à l'ancienne avant un passage à la douceur et aux ballades. Pour "My Valentine", McCartney s'installe au piano pour la première fois de la soirée. L'élégance impressionne. Il enchaîne par la somptueuse "Long and Winding Road", suivie par un hommage à Linda avec un "Maybe I'm Amazed" de génie. Lentement mais sûrement, Paulie fait monter son show d'un cran et commence à distiller les tubes. La cadence est soutenue et les morceaux s'enchaînent : jouées après "I've Just Seen A Face", "We Can Work It Out" et la douce ballade "And I Love Her" remportent un franc succès auprès d'un stade Vélodrome quasiment intégralement garni et visuellement impressionnant. Le « Allez l'OM » lancé par un Paul amusé fait crier un peu plus l'enceinte. Déjà seize chansons. Pour certains artistes, le concert touche alors à sa fin. Pour McCartney, il a à peine commencé.

McCartney s'éclate
Photo : F. Speich
Photo : F. Speich

Après une nouvelle joute verbale, la partie avant de la scène s'élève dans le ciel de Marseille. McCartney, désormais seul et s'accompagnant à la guitare, y délivre deux moments forts du concert. L'intemporel "Blackbird", suivi de "Here Today", en hommage à « son pote John ». L'émotion est palpable dans la nuit phocéenne. McCartney lui même semble ému. Mais pas le temps de se refroidir, alors que Paul redescend sur terre (physiquement du moins) et que ses comparses reviennent sur scène. C'est l'occasion de saluer le travail et la versatilité de ses quatre bandmates. Abe Laboriel à la batterie, Rusty Anderson et Brian Ray aux guitares, et le génial Wix Wickens aux claviers délivrent en effet une partition sans faute. Leurs harmonies vocales sont parfaites, leur polyvalence impressionne. A la tête de superbe groupe, McCartney s'éclate. Il passe de sa basse Hofner à la guitare sèche comme il passe du piano à la guitare électrique. Son aisance est frappante. Seule la Rickenbacker est restée dans son étui.

Le concert reprend avec de la modernité et deux nouveaux titres de la star : "New", mais aussi "Queenie Eye", dont le clip avec la femme de Paul Nancy et Johnny Depp est diffusé sur l'écran LED. La foule adhère et chante, preuve que McCartney, pour ceux qui en doutaient, écrit toujours de fort belles choses. Après le dansant "Lady Madonna" et un "All Together Now" populaire et destiné « aux petits », Paul nous présente la spécificité locale, "Michelle". Le morceau est un succès, et sert de fer de lance à un passage Beatles que les fans, ne faiblissant eux non plus toujours pas après 1h30 de show, apprécient beaucoup. "Lovely Rita" et "Mr Kite" représentent le cultissime album Sergent Pepper, tandis que "Eleanor Rigby "remporte l'adhésion du public. Après 26 titres, Paul s'empare d'un ukelele pour un nouveau moment chargé en émotion. « Cette chanson est pour mon ami George », lance-t-il. Cinq minutes après, le Vélodrome se lève après une version touchante et puissante de "Something". Une fois les longs applaudissements retombés, McCartney s'adresse au public : « Thank you very much, merci beaucoup... And thank you George for writing this wonderful song ». La communion est totale.

Photo : aficia.info

Photo : aficia.info

Osmose générale

Après la ballade, Paul relance l'atmosphère en prévenant les fans que ce sera à eux de chanter lors du prochain morceau. Macca envoie alors un "Ob La Di Ob La Da" d'excellente facture. L'incontournable "Band on the Run" suit, puis"Back in the USSR" fait sauter des spectateurs déchaînés. Il est près de minuit quand Paul lance une trinité magique qui fait basculer le Vélodrome dans l'extase. Il joue le magnifique "Let it Be", avant de livrer un exceptionnel "Live and Let Die" que beaucoup retiendront comme LE moment du show. Dans la frénésie du morceau, le jeu de lumières est accompagné par une impressionnante quantité d'explosions et pyrotechnies en tous genres. Le clou du spectacle (à ce moment-là du moins) intervient juste après, quand Macca s'assoit à son piano psychédélique et entraîne les dizaines de milliers de spectateurs avec lui dans un "Hey Jude" somptueux. Paul se soustrait aux fans et les laisse entonner la célèbre mélodie des dernières minutes de la chansons. Il demande aux hommes de chanter (« Seulement les mecs, come on mecs ! »), puis aux femmes, avant de clore le morceau dans l'osmose générale. Après 2h20 de spectacle, Sir Paul et sa troupe viennent saluer un public en ébullition, puis quittent la scène. La foule continue d'entonner les « Nananana » de "Hey Jude", et Macca et ses musiciens refont leur apparition. "Another Girl", jouée pour la première fois en France, le délirant "Hi Hi Hi" des Wings et le toujours magnifique "Can't Buy Me Love" constituent un rappel de qualité. Paul s'arrête pour remercier son crew ses musiciens, qu'il qualifie de « fadas » au grand bonheur du public. Ils saluent à nouveau. Clap de fin, pensons-nous.

"The End"

Pourtant, porté par les clameurs de fans décidément aussi infatigables que leur idole, Paul revient sur scène, drapeau de la France à la main. Il se saisit ensuite d'une guitare et interprète "Yesterday". Le stade fait écho à son tube interplanétaire. La magie opère. « Do you wanna keep rocking ? », demande un Paul toujours aussi chaud. La foule ne se fait pas prier, et le groupe se lance dans ce qui est probablement la chanson la plus heavy du répertoire des Beatles, le génial "Helter Skelter". Le morceau est un énorme succès, et alors que Macca s'assoit une dernière fois au piano, on sent que la fin du spectacle est proche. Fort logiquement, "Golden Slumbers" et "Carry That Weight" mènent à "The End". Après un solo crapuleux qui voit les trois guitaristes (dont Macca) se répondre, les dernières notes sont jouées. 41 chansons, 2h50, Cette fois, c'est terminé. Paul remercie le public et lance « A la prochaine ! » à un Vélodrome en feu.

Pour sa quatrième visite, la légende vivante a dépassé toutes les attentes. Le show, plus qu'un modèle du genre, s'apparente à une leçon. Les musiques sont jouées avec une rare précision, parfois mêmes réarrangées (un solo a par exemple été incorporé à "Paperback Writer). Les lumières, effets spéciaux et pyrotechnies frôlent la perfection. Au centre du spectacle, Paul McCartney est impressionnant de charisme et d'énergie. Il n'a pas quitté la scène durant tout le concert, et son interaction avec le public n'aurait pas pu être plus réussie. Les plus pointilleux lui reprocheront une voix certes éprouvée par près de 60 ans au service de la musique. Globalement, le récital est sans faille. Une heure du matin approche, et les spectateurs quittent le Vélodrome. L'opinion est unanime. Alors qu'il fêtera ses 73 ans dans quelques jours, Paul McCartney repousse le temps et fait perdurer à lui seul, par son charisme, sa musique et ses mélodies, l'esprit Beatlemania qui a révolutionné cet art. Un concert inoubliable.

Publié dans Musique, Concerts