La musique de 2014, épisode I : de Mac DeMarco à Feu! Chatterton

Publié le par Eva Pigeon

Encore une fois, à la fin de l’année, mes timelines Facebook et Twitter se sont emplies de classements en tous genres pour faire le bilan musical de 2014. Oui, j'ai personnellement attendu le mois de février pour faire mon bilan.

La musique de 2014, épisode I : de Mac DeMarco à Feu! Chatterton

Un nombre de sorties équivalent aux autres années ; j’ai trouvé qu’il y avait peut-être eu moins de très bonnes choses que l’année dernière, mais il me semble qu’on a quand même eu l’occasion d’écouter quelques bons albums. Comme l’an passé, je compte revenir un peu sur les sorties de l’année qui reviennent dans les différents classements, et puis ajouter quelques découvertes personnelles que j’ai pu faire de mon côté, que les artistes aient eu ou non une grosse actualité en 2014.

Les album des classements

Mac DeMarco - Salad Days

Définitivement mon album préféré de 2014. Mac DeMarco est une de mes découvertes principales de cette année. Une petite photo du personnage suffit à avoir un aperçu de ce qu’il peut être sur scène ou en interview, un peu crade, très nonchalant. Mais derrière son bonnet et sa guitare qui pourrait presque être en plastique, Mac a caché un talent indéniable pour écrire des chansons toutes meilleures les unes que les autres lorsqu’il nous a livré Salad Days en 2014. Toujours, une guitare au son presque clair, tendance funky, rythme les sons de l’album, tandis que qu’il l’accompagne généralement d’une voix grave, sauf quand il se lance dans des sortes de vocalises où l’on craint toujours un peu qu’il finisse par sonner faux.

La musique de 2014, épisode I : de Mac DeMarco à Feu! Chatterton

De “Salad Days” et ses choeurs un peu trop aigus, on passe à “Blue Bloy” et “Brother”, deux morceaux plus calmes et élevés, puis à “Let Her Go”, plein de délicatesse. “Goodbye Weekend”, qui nous balance de droite à gauche jusqu’au bridge et son solo à écho, se termine par une petite exclamation de Mac elle aussi affublée d’un écho, peut-être en studio, pour nous rapprocher de lui. “Let My Baby Stay” fait un charmant interlude plein de douceur, avant l’arrivée de “Passing Out The Pieces” (ma préférée) et son intro fabriquée à coups de synthés un peu surréalistes. “Treat Her Better” ramène la guitare posée au premier plan avant un nouvel interlude psyché, “Chamber Of Reflection”. Enfin, on entend Mac DeMarco et sa guitare chanter “Go Easy” dans le lointain avant une conclusion instrumentale et rebondissante, “Johnny’s Odyssey”.

Salad Days est sorti cette année, mais j’en ai profité pour écouter les autres albums. Rock and Roll Night Club et 2 sont tous les deux très bons aussi, mais comme je me suis déjà bien étendue sur le troisième opus de DeMarco, je vous laisse juste quelques chansons dans cet article, et je vous propose aussi d'aller voir ces playlists dans lesquelles il s'est glissé.

J'ai fait une playlist avec toutes les vidéos de l'article enchaînées

Temples - Sun Structures

J’avais oublié que cet album était sorti en 2014, car c’était au tout début de l’année. Rock & Folk les a rappelés à ma mémoire dans leur propre top, et ils ont bien fait. Encore un élément de la toute jeune scène du Royaume-Uni, dont j’avais déjà pas mal parlé l’année dernière, Temples nous a offert il y a presque un an un premier album aux sonorités psyché tout à fait délicieuses.

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Aussi agréables à entendre que les cheveux de James Bagshaw, leur chanteur, sont fascinants à regarder, les morceaux de Sun Structures se succèdent avec fluidité et nous emmènent dans des kaléidoscopes flottants, au milieu de mélodies et de riffs entêtants.

The Black Keys - Turn Blue & Lana Del Rey - Ultraviolence & Jack White - Lazaretto
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J’ai déjà écrit quelque chose à propos des ces trois sorties ici. J’ai trouvé que les critiques associées manquaient parfois un peu de mesure et que ces trois albums avaient été assez réussis, même s’il me semble qu’aucun n’a été aussi exceptionnel qu’on aurait pu attendre… Les attentes étaient quand même assez importantes, c’est vrai.

Les attendus

Damon Albarn - Everyday Robots

Avec une carrière dont on ne compte plus les projets, entre Blur, Gorillaz ou la production de l’ultime album de Bobby Womack, Damon Albarn ne pouvait qu’être attendu au tournant lorsqu’il a annoncé la sortie de son premier album solo l’année dernière. L’accueil m’a paru dans l’ensemble très mitigé, certains trouvant le résultat très travaillé et globalement réussi, les autres trouvant qu’il aurait pu faire un effort de recherche dans la saveur et l’originalité des morceaux.

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Pour ma part, je n’ai écouté Everyday Robots que très récemment, et mon avis est qu’effectivement, on reconnait bien le style d’Albarn ; parfois une chanson est teintée de Gorillaz, parfois on lui trouve une allure bluresque. Si j’ai trouvé le résultat assez agréable à écouter, je dois avouer qu’il n’y a pas de chanson en particulier pour laquelle j’ai eu un vrai coup de coeur, et je pense qu’il s’agit plutôt d’un disque à écouter en fond sonore de manière plaisante.

Alt-J - This is all yours

Un autre album extrêmement attendu par de très nombreuses personnes encore sous le charme du premier opus (du premier OVNI) du groupe de Liverpool, An Awesome Wave, sorti en 2013. Un style inimitable, plein d’un mélange d’influences et de guitares, claviers, rythmes prenants, et même castagnettes ou xylophone. Pour moi, ce premier résultat est proche de la perfection, et je me demandais vraiment ce que pourrait donner This is all yours. “Hunger of the pine”, que j’aime finalement beaucoup après m’être habituée à sa structure et son sample inopiné d’une chanson de Miley Cyrus, nous a intrigués il y a déjà six mois ; puis le très américanisant “Left hand free”, et l’empressé “Every other freckle” m’ont fait me demander comment ce deuxième disque pourrait avoir une cohérence.

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Finalement, comme sur le premier, Alt-J a réussi - un peu plus étonnamment cette fois - à très bien articuler les morceaux pour nous livrer encore un album qui s’écoute aisément comme une seule chanson. Pourtant, malgré l’aspect surprenant des singles qui l’ont précédé, et la qualité générale de l’album (le triptyque autour de Nara, en particulier la chanson su même nom, est selon moi très réussi), il me semble que This is all yours manque un peu d’une différence plus marquée avec ce que le groupe avait pu faire précédemment. Un peu comme “Bloodflood II” qui fait un clin d’oeil et une connexion avec An Awesome Wave. Finalement, je dirais qu’il s’agit d’un bon album. Mais on aurait vraiment pu s’attendre à un petit changement de direction, toujours de qualité, et celui-ci n’a peut-être pas été assez franc, et nous laisse légèrement frustrés alors qu’on écoute quand même un disque réussi.

Julian Casablancas + The Voidz - Tyranny

Julian, Julian Julian. Peut-être est-ce une spécificité des personnes que je suis sur Twitter, mais l’annonce, les teasers et la sortie de cet album a provoqué des réactions d’enthousiasme mémorables. Les deux derniers albums des Strokes sont discutés sur leur qualité, Phrazes For The Young, son premier album solo, aurait pu faire plus de bruit et d'unanimité, et une vidéo live a circulé où l’on voyait Julian dans un état pas très clair chanter pas très juste sur scène avec les Voidz. La critique n’a pas nom plus été transcendée par Tyranny ; néanmoins, si je n’ai pas moi-même été marquée par ce disque, je trouve qu’il mérite tout de même quelques écoutes.

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La pochette reflète assez bien le contenu du disque, à vrai dire. Un son parfois à la limite du cacophonique, l’album est plein de saturation qui se marie bien avec cette voix un peu trainante que l’on connait. Des chansons comme le single “Where no eagles fly” peuvent être vues comme de bons morceaux un peu accrocheurs, mais pour moi, c’est “Human Sadness”, un peu absurde, qui vaut le détour dans cet album, qui reste il me semble assez sympa. C’est tout de même Julian.

Les Français

Christine and the Queens - Chaleur Humaine

Pour moi une raisons d’écouter cette année encore un peu plus de musique faite par des Français, et chantée en français. J’ai lu plusieurs fois que, pour résumer, c’était de la musique pour hipsters et je trouve, pour résumer, que les gens sont bien trop mauvais.

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Christine and the Queens est donc le nom du projet d’une artiste qui mêle l’anglais et le français dans des textes que je trouve assez jolis, sur des instrumentales avec des beats très hip-hop, mais qui gardent de la légèreté. Le résultat est assez spécifique, et surtout assez réussi. Il parait aussi que Christine est très bien sur scène.

Avec une référence au Kanye West de 808 & Heartbreaks.

Feu! Chatterton - Feu! Chatterton (EP)

Je parlais des textes de Christine and the Queens, mais ils sont encore plus présents et travaillés chez Feu! Chatterton. Des références à Rimbaud et des formulations qui pourraient paraitre désuètes, c’est évident que pour expliquer le son du groupe, la référence à des artistes comme Gainsbourg est indispensable. Mais en plus de cette importance accordée aux paroles, pour moi, l’intérêt des chansons réside surtout dans leur mariage avec la musique.

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Si certains de leurs morceaux créent des ambiances plutôt éthérées, d’autres, comme “La Mort Dans La Pinède” sont définitivement rock, voire dansants, comme leur single “La Malinche”. J’ai eu l’occasion de les voir sur scène dans une très petite salle et j’ai beaucoup aimé l’ambiance. En plus, pour ne rien gâcher, ces gens sont très sympa. Un de mes coups de coeur de l’année, j’attends vraiment avec impatience leur prochain EP avant l’album qu’ils devraient enregistrer dans quelques mois.

Pour finir, puisque je viens de me rendre compte que toutes ces chansons pourraient être un peu plus joyeuses et groovy, veuillez apprécier une petite session plus joyeuse et groovy de Mac DeMarco, pour boucler la boucle avant l'épisode II de la musique de 2014, consacré à des découvertes personnelles dont on a un peu moins parlé et à de la musique que j'ai écouté en 2014 sans qu'elle provienne de 2014.

Publié dans Musique, Best of the year